| Manuscrits en péril |
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C’est pour cette raison que les Africains doivent se saisir de l’héritage de ses siècles de lumière pour faire renaître des puits éteints et des abris précaires où les avait cachées les générations antérieures, les livres, parchemins et manuscrits sauvés d’une destruction certaine face à la furie des envahisseurs arabes, almoravides, berbères, européens et de conquérants venus de tant d’autres contrées lointaines telles Rome et la Grèce antique. Depuis quelques décennies, l’élite intellectuelle de Tombouctou tente confusément et, dans l’isolement le plus souvent, de renaître de ses cendres tel le Sphynx de la civilisation egypto-nubienne. Mais elle ne s’en sortira pas seule. Elle a besoin de tous les fils et filles d’Afrique pour préserver les manuscrits anciens, les cataloguer, les restaurer et en tirer la quintessence sans laquelle l’historiographie africaine serait sevrée de sources fondamentales de connaissances multiples sur le passé et sans doute les futurs possibles qui se dessinent devant les destinées africaines. L’avenir, en effet, se déchiffre à travers les évolutions passées qui, telles la nasse du tisserand, tressent la trame de l’histoire, c’est-à-dire celle des civilisations vitalistes africaines qui ont engendré des modèles de développement, une cosmogonie, des philosophies, un art de vivre qu’unissent comme un ciment naturel la culture négro-africaine et pharaonique dont l’unité est attestée par la linguistique, l’écriture, l’histoire, le même substrat psychologique, la même expression artistique, religieuse et les mêmes rameaux socio ethniques. Pour toutes ces raisons, les manuscrits anciens qu’ils soient de Tombouctou, des sultanats de Sokoto, ceux du Bornou ou de Zanzibar, de l’empire du Wassoulou, ou des civilisations du Golfe ghanéo-béninois, de la culture Nsibidi dans sa centralité congolaise, des empires du Mali et du Songhai, des principautés Dogon ou des centres commerciaux du Mandé, du Djenné, des centres d’impulsion Bamoun ou Songhai, du classicisme Vai, de l’ancienne civilisation Nok ou des grands ensembles ghanéen, yorouba, mossi, haal pulaar, swahili, etc, participent d’une dialectique de l’histoire qu’il appartient aux Africains de redécouvrir, de la dépoussiérer des mythes de l’idéologie dominante et de la récriture unilatérale de l’histoire par les nouveaux maîtres du monde. C’est à ce dialogue des cultures et des civilisations qu’Aide Transparence convie le visiteur de ces pages. Elles sont avant tout des pistes, des outils et des moyens d’investigation mis à la disposition des auteurs, des penseurs et des bibliothécaires publics et privés, des décideurs publics aussi sur qui reposent l’avenir immédiat de millions de manuscrits conservés dans les pires conditions et condamnés aux oubliettes si rien n’est fait, et vite, pour les tirer de l’oubli dans lequel on semble vouloir les enterrer. Jacques Habib Sy Directeur Aide Transparence |
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La préservation des manuscrits africains pose un défi d’une singularité à nulle autre pareille. L’Afrique peine encore à convaincre le reste du monde qu’elle a, en effet, écrit les plus belles pages des sciences, des lettres et des arts dont elle a été l’initiatrice 4 000 à 5 000 ans avant J.C.. C’est dans le bassin du Nil, le long du tracé du fleuve Niger, dans le giron des falaises océanes, les bolongs et les plaines de la savane ouest africaine que cette réalité s’est affirmée avec éclat. Au sein du carrefour tombouctien, les civilisations soudano-sahéliennes ont érigé des universités d’envergure et produit des livres d’histoire, des traités juridiques, d’astronomie, de philosophie, d’histoire qui figurent aujourd’hui encore parmi les meilleures productions livresques de tous les temps. Mais la singularité de Tombouctou en tant que centre névralgique de la pensée et carrefour commercial et politique aux confluents de l’Afrique des empires et du Machrek arabo-berbère réside ailleurs. Sa position géostratégique privilégiée en a fait un poste idéal de circulation des idées, des savants, des adeptes des belles lettres et des sciences au service des chefferies du moment et par moments contre ces dernières.