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Table ronde : Patrimoine intellectuel et identité nationale ; la collecte et le recensement
Colloque international : « Bibliothèques nationales en Afrique francophone subsaharienne au XXIème siècle »

Dakar 05 – 06 – 07 mai 2003

Table ronde : Patrimoine intellectuel et identité nationale ; la collecte et le recensement.

Sujet : Patrimoine oral ; Problèmes de conservation Par Mme Lilian Kesteloot, professeur Directrice de recherche chargée du laboratoire des littératures et civilisations africaines.
Lorsque le Président Senghor nous a chargée en 1975 de constituer un Laboratoire consacré à la récolte et à la conservation des littératures orales à l’IFAN, il y avait 2 organismes du Ministère de la Culture qui s’en occupaient déjà en partie : d’un côté les cérémonies et les musiques traditionnelles étaient enregistrées par les Archives culturelles (Herbert Pepper, puis Pape Massène Sène et Raphaël Ndiaye) ; d’un autre côté le Centre d’études des Civilisations C.E.C (Mame Kouna Sène, Alain Le Pichon) faisaient des raids en campagnes pour enregistrer des xoï sérères, des contes ou des mythes, des chants d’initiation,a fin de produire les « cahiers du mythe » qui eurent 6 nuémros : Demb ak Tey.

Mais ces insititutions étaient fragiles, logées qu’elles étaient dans un Ministère et donc dépendant fortement de l’intérêt relatif que leur attribuaient les Ministres successifs. Les deux organismes ne survécurent pas au règne de Senghor.

Plus solide sera le laboratoire de l’IFAN puisqu’il était intégré dans une structure universitaire et donc pratiquement inamovible.

Je ne m’étendrai pas ici sur les vingt cinq ans durant lesquels, bon an mal an, on récolta les oeuvres du patrimoine oral dans un très large éventail : bien sûr les textes littéraires comme les épopées, les mille et un contes, les chants, les proverbes, les nouvelles (lawaane) ; mais aussi les chroniques historiques, les généalogies, les mythes de fondation de villages, les spéculations philosophiques. Au gré des missions de chercheurs qui défilèrent à l’IFAN, des griots qui venaient y enregistrer leur répertoire, et surtout avec l’aide des travaux académiques des étudiants de l’Université, qui en sont aujourd’hui les professeurs, et qui poursuivent ce travail à travers leurs propres étudiants.

En effet, le premier problème qui se posa en matière de collecte fut celui des moyens. Les crédits de l’IFAN suffirent 3 ou 4 ans, puis furent taris d’un seul coup quand la France supprima ses subsides à notre Institution. Dès lors, il fallut se débrouiller. En effet les griots se paient, et par ailleurs les villageois que l’on dérange pour obtenir contes, chants ou chroniques, doivent être récompensés par des cadeaux en nourriture, pagnes ou alcool, c’est pure politesse.

Aussi, on utilisa les étudiants de maîtrise ou doctorat, qui étaient motivés. On les aida beaucoup aussi. Enfin, des chercheurs étrangers américains souvent, nous donnèrent des doubles de leurs enregistrements.

Je ne parlerai pas des modalités de collectes et de recensement qui sont des problèmes qui intéressent davantage les chercheurs en littérature orale et qui leur sont enseignés au cours de méthodologie dans cette discipline. Le stock de près de 1000 cassettes que nous détenons dans notre sonothèque à l’IFAN comporte des textes dans les différentes langues du Sénégal : principalement le wolof, mais aussi le peul, le sérère. Peu de diola, de mandinka, de malinké, de soninké, de bambara.

Les problèmes qui intéressent une bibliothèque sont essentiellement classement, conservation.

Le classement a été conçu par langues et par genres. Ainsi, les épopées peules sont classées dans 2 ou 3 casiers qui leur sont affectés, les contes wolofs occupent eux 2 ou 3 dizaines de casiers etc. etc. etc. le tout rangé dans une armoire fermée à clef. Ces textes sont répertoriés dans des catalogues, un par langue, mais ce travail fut abandonné par manque de personnel. En effet notre laboratoire d’abord pourvu de 4 chercheurs, fut appauvri par le départ de plusieurs d’entre eux pour des fonctions plus rémunératrices, ici ou à l’étranger ; et comme les recrutements sont pratiquement bloqués…

Le deuxième problème est celui de la conservation. Les cassettes se conservent longtemps à condition qu’elles soient de bonne qualité et de 60 minutes – les 90 minutes sont beaucoup trop fragiles et on ne les utilise plus. – On travaille essentiellement sur des paroles. Donc il suffit que l’enregistrement soit audible, même s’il y a des bruits parasites. Le laboratoire n’est pas équipé pour enregistrer dans de bonnes conditions les musiques, mais très souvent les textes sont accompagnés de xalam ou de percussions.

Les cassettes sont conservées dans des casiers en bois – moins humides que le métal, mais sans climatisation. – Si bien qu’il fut envisager à terme un transfert sur le support numérique, en tout cas pour les œuvres majeures du patrimoine.

On garderait de toute façon le support cassette facile à manipuler et accessible aux chercheurs et étudiants qui en demandent l’écoute ou la copie.

Toute bibliothèque universitaire, ou simplement nationale en Afrique devrait un secteur affecté spécialement à ce patrimoine oral. Sous le titre/matière : littérature africaine, il est tout à fait possible de créer un fichier : littérature orale, avec des sections par langues et par genres dans chaque langue. Il faudrait seulement former les bibliothécaires à ces méthodes de classement.

De même la conservation de cassettes ou mieux, de CD, ne posent pas de problèmes particuliers, du moment qu’on les tient à l’abri de la poussière, de l’humidité et du soleil. Cela n’a rien d’impossible. Il faudrait envisager seulement quelques magnétophones portables ou des ordinateurs à son, pour la consultation.

En revanche ce travail précis de conservation par la numérisation est encore à faire et nous saisissons l’occasion qui nous est donné ici pour introduire une requête en ce sens à l’EBAD et au service de Documentation du Ministère des Affaires étrangères de France qui organise ce présent colloque.

Littéraure orale – méthodologie – patrimoine

Bibliographie succincte

Jan Vansina – 1961 – De la tradition orale – Tervuren, Musée royal d’Afrique centrale

Sory Camara – 1976 – gens de la Parole – Paris – Mouton réed. Karthala

M. Chastanet – 1979 – Traditions orales et hiérarchie politique dans l’Etat du Gajaaga – Paris – CRA – mémoire

J. Bazin – 1979 – La production d’un récit historique un CEA 73-76 XIX-1-4

Bouvier J.C. – 1980 – Tradition orale et identité culturelle – Paris – CNRS

Calame Griaule G. – 1977 – Langage et cultures africaines – Paris – Maspéro

Cissé Y. Tata – 1975 – Histoire et traditions orales, Actes du colloque SCOA – Paris – 1976 – réed. N° 2 Karthala

Diawara, M. – 1985 – La dimension sociale et politique des traditions orales du royaume de Jaara (Mali) – Paris, EHESS-CEA – 1990 – La graine de la parole – Stuttgart, Franz Steiner Verlag

Collectif – 1980 (Pour Denise Pauline) – Gens et paroles d’Afrique – paris – CEA n° 73-76

Jeresiewicki, B. et Nexbury D. – 1986 – African historiographys, Sage Publications, vol. 12

Görlög – Karady V. – 1981 – Littérature orale d’Afrique noire – Bibliographie analytique – Paris, Maisonneuve et Larose

Kesteloot L. et Dieng B. – 1997 – Les épopées d’Afrique noire – Paris – Karthala

Pauline D. – 1976 – La mère dévorante – morphologie du conte africain – paris, gallimard

Knappert J. – 1983 – Epic Poctry in Swahili and other african languages, Leident, E.J. Brill

Baumgardt U. 2002 – Une conteuse peule et son répertoire – Paris, Karthala

Leymarie I. – 1999 – Les griots wolof du Sénégal – Paris – Maisonneuve et Larose
 
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