| Les manuscrits oubliés de Tombouctou |
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de notre correspondante Christine Holzbauer Madison
Aujourd'hui, Tombouctou, dont la population a considérablement chuté depuis la rébellion touarègue - qui a officiellement pris fin en avril 1996 - abrite encore de 60 à 80 collections privées. Des 5 000 manuscrits légués par Mamma Haïdara à son fils, 3 000 ont été catalogués et publiés par la fondation islamique Al-Furqan de Londres; les 2 000 autres sont conservés dans la naphtaline et attendent un traitement informatique. Plusieurs autres collections privées ont été acquises par le centre Ahmed-Baba, une institution publique créée en 1977 grâce à un financement de l'Unesco et du Koweït, qui possède aujourd'hui plus de 18 000 manuscrits. Son directeur, Mohamed Galla Dicko, se plaint de manquer de chercheurs et de personnel qualifié, malgré le vote d'une loi ayant récemment permis de transformer l'ex-Cedrab en un institut d'enseignement supérieur. «Nous fonctionnons comme un dépôt, malgré la très grande richesse des manuscrits entreposés», regrette-t-il. Parmi ces précieux documents, il y a bien sûr de nombreux corans et des écrits religieux, mais aussi des traités de pharmacopée, de savoir-vivre, des actes de commerce, des certificats d'affranchissement d'esclaves, des testaments, etc. Mis bout à bout, ils révèlent tout un pan de l'histoire intime des peuples du Sahara. Patrimoine écrit et vide juridique «La sauvegarde et la valorisation des manuscrits de Tombouctou et de sa région nous mobilisent depuis longtemps, renchérit Mamadou Diallo, président de l'Amrad (Association malienne de recherche-action pour le développement), avec lequel Stéphanie Diakité travaille en étroite collaboration. L'une des priorités de l'Amrad consiste à relancer, notamment auprès des femmes, les activités artisanales traditionnelles de reliure, calligraphie et enluminure qui firent jadis la réputation de Tombouctou. Ce qui pourrait donner naissance à une industrie locale jusque-là inexistante et une impulsion au tourisme. L'association s'efforce aussi d'aider les détenteurs privés de manuscrits à les préserver tout en les exposant chez eux. «Le vide juridique en matière de patrimoine écrit en Afrique suppose que l'on aille plus loin», insiste Stéphanie Diakité. D'où l'idée d'organiser un symposium international. Pour la première fois, une conférence consacrée au sauvetage des manuscrits du Sahara vient de se tenir à Bamako, la capitale du Mali, de 6 au 8 août dernier. Objectif: parvenir à créer une organisation internationale dont les pays détenteurs de manuscrits islamiques seraient membres de droit, pour promouvoir la recherche interafricaine et mettre en place des bibliothèques virtuelles. Un projet qui bénéficie de l'aide financière des Etats-Unis: depuis les attentats du 11 septembre, le Département d'Etat s'est découvert un intérêt pour le patrimoine culturel islamique, surtout lorsqu'il s'agit de textes prônant la tolérance et le règlement pacifique des conflits. Il a notamment aidé le Mali à faire traduire des manuscrits des XIIIe et XIVe siècles. A Bouj Beha, une autre localité enfouie dans les sables, cheikh Zayni Baye, que les Maures considèrent comme un saint et traitent avec beaucoup de déférence, est le dernier détenteur d'une bibliothèque qui sert aussi à l'enseignement (zaouia). Très intéressé par la perspective de faire connaître ses trésors par l'intermédiaire des outils modernes de communication, il a déjà commencé à réfléchir à l'installation de panneaux solaires qui lui apporteraient l'électricité nécessaire pour pouvoir se connecter |
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